« Croiser quelqu’un par hasard apporte toujours son lot de conséquences ». Seinfeld
En sortant du supermarché en cette fin d’après-midi, les doubles portes se sont automatiquement ouvertes pour Vernon, et c’est à ce moment précis qu’il a su qu’il n’était pas seul.
Il tenait un sac brun contenant deux bouteilles de vin, qui s’entrechoquaient, lovées au creux de son bras comme de précieux bébés. Deux de ses doigts tenaient quatre sacs d’épicerie en plastique qui s’étiraient sous le poids des pommes, des fromages, des crackers, des gelées épicées et des petites saucisses fumées.
Le soleil était brillant par rapport à l’éclairage intérieur du magasin et, alors que ses yeux s’adaptaient lentement à la lumière naturelle, il vit le visage de la personne dont il connaissait déjà l’existence.
« Barb. » Il plissa les yeux dans la lumière contrastée.
« Oh, bonjour, Vern », dit-elle avec prudence.
Il en savait assez pour savoir qu’elle se sentait aussi mal à l’aise que lui. Cependant, elle utilisa le nom qu’elle seule utilisait pour l’appeler. Un nom de jeux qu’elle n’avait pas oublié ou qu’elle aurait à présent pu rejeter au profit d’un « Vernon », plus formel, ou pire, d’un M. Roberts.
« Bonjour ». C’est tout ce que Vernon pouvait faire pour l’instant. Le poids des sacs et des bouteilles devint soudain plus lourd. Il réajusta les sacs sur ses doigts.
« Tu vas bien ? » demanda-t-elle, essayant de combler des mois de silence par quelques mots.
Ses yeux ne s’adaptaient pas assez vite pour qu’il puisse totalement apercevoir la femme qu’il avait fréquentée.
« Je vais… bien, oui, bien ». Il sourit, forçant ses lèvres à s’élargir comme pour prouver qu’il ne mentait pas. « Et toi ? »
« Bien ».
Elle releva ses lunettes de soleil pour retenir ses cheveux bouclés, comme si les lunettes étaient un barrage.
« Du vin pour le dîner de ce soir ? »
« Tu me connais. » Il gloussa, se maudissant d’avoir dit cela. Il ajouta rapidement : « Je veux dire, euh, tu sais que j’ai un penchant pour le vin et les planches de charcuterie ».
Il avouait son penchant, comme si elle n’avait pas mangé des amuse-gueules triés sur le volet à de nombreuses reprises pendant les nombreux mois qu’elle avait passé avec lui.
Leur relation s’était estompée au fur et à mesure que d’autres aspects de la vie les éloignaient l’un de l’autre. Ils avaient perdu leur ferveur en cours de route. Il y avait moins de concerts du samedi soir au parc, moins d’escapades au marché aux puces le dimanche ou de mauvais films indépendants à se taper au cinéma. Le travail et les nouveaux postes en étaient la cause.
« Ton pinot noir », dit Barb.
Il souleva le sac brun recyclé qui était niché dans son bras. Les bouteilles s’entrechoquèrent à nouveau. « Ils vont si bien ensemble. »
Le silence qui suivit le fit rougir, même s’il se tenait sous le souffle froid du climatiseur industriel de l’entrée du magasin.
Les portes automatiques se refermèrent derrière Barb.
« Eh bien, c’était sympa de te revoir », dit-elle. Elle offrit un sourire timide et plat, comme il l’avait fait. « Je dois, euh… » Et elle montra du doigt les piles de fruits et légumes frais plus loin dans le magasin.
« Peut-être qu’on se reverra… »
« On ne devrait pas, Vern. On ne peut pas. »
Puis, elle s’éloigna en traînant les pieds vers le rayon des fruits et légumes.
Vernon se retrouva sous la clim trop forte, avec un vin amer et une soirée tranquille qui tournait mal avant même d’avoir commencé.
Il détestait lâcher prise. Il la regarda marcher. Marcher est une fonction tellement basique pour les créatures qui survivent, mais elle le faisait mieux que la plupart d’entre elles.
Il se souvenait avoir volontairement traîné dans les marchés aux puces, comme s’il s’intéressait aux bibelots et aux objets de pacotille. Mais c’était uniquement pour la laisser le devancer et marcher. Elle était gracieuse et ses fesses étaient assez lourdes – malgré son mètre quatre-vingts – pour traîner et rebondir dans ses petites robes d’été. De plus, lorsqu’elle ne portait pas de culotte, le tissu fin de la robe se coinçait entre ses fesses rebondies. Elle tirait inconsidérément sur la robe qui s’y était logée. C’était un détail mais qui donnait un grand sourire à Vernon.
Cette fois, au magasin, ses fesses se balançaient à chaque fois qu’elle avançait dans le rayon des fruits et légumes. Pas aussi libres qu’au marché aux puces, mais elle ne portait pas non plus une petite robe d’été.
Vernon reporta son attention sur sa voiture pour libérer ses doigts des provisions avant que le plastique fin ne se brise.
Il s’installa sur le siège conducteur de sa Mustang noire, qu’il avait achetée après sa rupture avec Barb. Il relâcha ses épaules et regarda à travers le toit ouvrant teinté.
« Barb, Barb, Barb », dit-il. « Comment peux-tu réussir à me gâcher la perspective d’une planche de charcuterie et deux bouteilles de vin ? »
Vernon fit vrombir le moteur V8 surpuissant, mais il le laissa seulement gronder uniformément un instant à travers le parking. Il venait de changer d’idée pour le repas de ce soir. Il s’arrêta au drive-in du fast-food.
« Double-burger, grandes frites et coca », dit-il à la voix du haut-parleur. « Non, attendez. Un simple, sans frites et une bouteille d’eau fraîche. »
***
Barb avait l’intention d’acheter quelques pêches et un ananas pour garnir un monticule de fromage blanc. C’était son dîner. Mais alors qu’elle laissait Vern à la porte d’entrée, son cœur s’accélérait.
« Arrête de me faire ça, Vern », gronda-t-elle silencieusement en passant devant les melons. « Je ne veux pas être à nouveau impliquée. »
Elle pressa les pêches pour s’assurer de leur fermeté et les garda sous son nez. Elle ne les sentait pas déterminer si elles étaient assez mûres ou non, mais pour se calmer suite à leur rencontre fortuite.
Elle jeta deux pêches à peine mûres dans un sac en plastique et attrapa un ananas piquant. Elle avait les mains pleines. Elle n’avait pas pensé à prendre un caddie, prise au dépourvu par sa rencontre avec Vern.
Un jeune employé derrière elle : « Madame, avez-vous besoin d’un panier ? »
Elle le remercia et plaça les fruits dans le panier. Elle se promèna sans but dans l’épicerie, de haut en bas, allée après allée. Elle se retrouva bientôt au rayon des bières et des vins. Ce n’était pas son intention. Tous les méandres du magasin n’allaient pas faire disparaître Vern de son esprit. Son petit sac de vin qu’il tenait si près de sa poitrine. Les amuse-gueules qu’il lui servait. Il était capable de préparer une bonne soirée de nourriture.
Elle évitait d’acheter du vin ou tout autre alcool sous peine de risquer d’appeler Vernon. Les choses recommenceraient à nouveau.
Assise dans sa voiture, elle fit autour de son poignet le bracelet en diamants qu’elle avait acheté après leur séparation. Elle savait qu’il était en train de savourer cette planche de charcuterie et de siroter du vin, tandis qu’elle allait simplement survivre avec du fromage blanc et des morceaux de fruits.
***
En ouvrant le sac à la maison, Vernon constata que le hamburger n’était constitué que de deux petits pains, qu’il manquait la viande et que l’eau était tiède.
Il jeta la nourriture sur le comptoir de la cuisine.
La charcuterie n’était pas une option, pas plus que le vin. Il fourra les sacs en plastique directement dans son réfrigérateur vide et enferma le Pinot dans son réfrigérateur à vin.
Il prit ses clés et gagna en vitesse un bar local à la bière moyenne et à la réception télévisuelle médiocre. Même si le soleil n’était pas encore couché, il pourrait s’y morfondre pendant des heures.
Il n’arrivait pas à chasser Barb de son esprit. De nouveaux et vieux souvenirs ressurgissaient. Sans cesse, il enroulait et relâchait sa main autour d’une chope froide de bière houblonnée.
Ils étaient dans un cinéma miniplex en train de regarder un film de science-fiction de piètre qualité quand sa main avait touché sa cuisse.
« Oh, désolée », dit-elle en s’excusant, « j’ai raté le pop-corn. »
« Tu veux que je le déplace ? »
« Mhmm. » Son ton était sulfureux. Et sa main s’est glissée profondément dans son entrejambe pour mieux le sentir. Bientôt, elle l’avait emmené dans l’espace, pourtant coincé dans les sièges étroits du cinéma dans le noir. Bientôt, elle était chez lui dans son appartement et, plus tard encore, elle lui avait dit – alors qu’elle était exténuée et étalée sur le lit – qu’elle aimait vraiment, vraiment, son choix de films.
Deux bières et une heure plus tard, Vernon quitta le bar. Il partait avant d’avoir du mal à rentrer chez lui et avant d’avoir à lutter contre son esprit fébrile.
En mettant sa clé dans la serrure de la porte, il espérait que Barb serait entrée et l’attendrait sur le petit canapé qu’elle l’avait convaincu d’acheter au lieu de vivre avec un seul fauteuil inclinable en lambeaux.
Elle n’était pas là. L’endroit était silencieux. Sombre.
***
De l’autre côté de la ville, Barb posa son bol de fromage blanc grumeleux, surmonté d’un quartier de pêche. Elle enfonça sa cuillère au centre, frustrée et peu désireuse de manger cette saleté.
Elle prit une grande inspiration, leva les épaules et étira sa poitrine, puis expira en s’affaissant.
« Merde. » Et elle frappa la table une fois. Le bol rebondit sous le choc. La cuillère claqua sur la table. Des morceaux de fromage blanc volèrent sur cette dernière.
Elle voulait une planche de charcuterie. Des confitures et des conserves épicées, servies par un homme fort.
Des crackers artisanaux garnis de cette confiture de cerises épicée. Du brie et du gouda. Des tranches fines de salami et de minuscules saucisses fumées. Des olives farcies à l’ail. Des amandes grillées. Des fraises découpées et du raisin noir.
Le fromage blanc était une nourriture de solitaire. La nourriture d’une femme seule qui travaillait trop et n’en retirait rien de concret, si ce n’est un salaire élevé. Mais qu’était-ce l’argent sans personne pour le partager ?
Elle poussa son bol de l’autre côté de la table. Son estomac était vide, mais les grumeaux blancs la répugnaient.
***
Vernon voulait être prudent. Les bières lui avaient donné du courage.
« Je vais l’appeler, juste pour lui dire que ça m’a fait plaisir de la voir. »
Il décrocha son petit téléphone. L’écran s’illumina à la vue de son visage.
Il le posa immédiatement. Il fit les cent pas dans chacune des pièces de son appartement.
« Je ne peux pas. Je ne devrais pas. Je ne peux pas. Je ne dois pas. Qu’est-ce qu’elle allait bien me dire ? Ne m’appelle pas, je ne t’aime plus. »
***
Barb se souvenait être allée au marché aux puces avec Vern. Elle avait gloussé, comme si elle n’avait pas remarqué son jeu. Il se laissait distancer, regardant les articles à vendre, pour la regarder marcher. C’était un homme – trop évident. Mais elle faisait de même. Elle se souvenait de l’avoir vu revenir d’une séance de sport intensive. Il avait un corps qu’il aimait garder relativement tonique. Elle l’aimait bien. Elle aussi était du genre à contempler fixement. Il y avait plus – plus qu’elle ne lui avouerait jamais. Une certaine odeur s’accrochait à son corps après ses séances d’entraînement. Elle n’a jamais pu déterminer ce que c’était. Un musc, une odeur profonde de robustesse, de vigueur. Peut-être l’odeur du machisme, comme s’il s’entraînait pour l’impressionner, comme le font les bêtes mâles pour attirer l’attention des femelles. Elle l’entraînait dans des conversations sur d’honnêtes bêtises, simplement pour le garder près d’elle avant qu’il n’aille prendre une douche et se débarrasser de cette odeur.
Cela faisait des mois qu’elle ne l’avait pas senti, ni lui ni cette odeur. Elle espérait retrouver le musc et ne jamais l’oublier. Elle voulait le sentir à nouveau.
Barb secoua la tête. Les planches de charcuterie et le musc. Elle devait chasser Vern de son esprit.
La télévision était le meilleur moyen. Elle attrapa sa longue chemise de nuit et se débarrassa de sa tenue de travail. À moitié nue, elle jeta un coup d’œil dans le grand miroir. Elle se tordit pour voir comment elle avait évolué. Ses fesses s’étaient raffermies depuis qu’elle s’était mise au jogging. Sa culotte violette les enveloppait joliment. Vern serait-il impressionné ? Penserait-il qu’elles auraient dû rester moins fermes ?
Toutes les sitcoms et les séries dramatiques étaient fades et aussi peu attrayantes que le fromage blanc laissé sur la table et, à présent, à température ambiante.
En dépit de toutes les distractions qui l’entouraient, elle ne pouvait se défaire de l’envie d’appeler. Et elle était pressante. Mais elle résistait, par peur de l’inconnu, de ce qui pourrait advenir.
« Je ne peux pas, je ne dois pas. Que dirait-il ? »
***
Vernon remarqua une paire de gants que Barb avait laissée chez lui il y avait plusieurs mois de cela. Elle était rentrée rapidement chez elle ce soir-là, frustrée par sa faute à lui. C’était une nuit de neige, et elle était sortie en colère et sans gants.
***
Barb reconnut une paire de chaussettes. Elles appartenaient à Vern. Il les avait laissées en se changeant rapidement, parce qu’il était en retard pour une réunion importante le matin. Elle les avait réquisitionnées et les portait pendant son jogging. Au début, c’était par frustration, comme si elle écrasait sa mémoire à chaque pas. Mais très vite, c’était pour l’avoir à nouveau près d’elle, même si ce n’était que par le truchement du tissu.
***
« Voudrait-elle récupérer ces gants ? »
***
« Je pourrais lui dire que j’ai ses chaussettes. »
Barb balaya cette idée absurde. Carrément idiote.
« Il n’a probablement jamais remarqué qu’il lui manquait une paire. » Elle se moqua un instant d’elle-même pour avoir eu une telle idée.
***
Vernon prit les gants. En cuir avec de la laine polaire à l’intérieur.
« Joli. Si c’était les miens, je voudrais les récupérer ». Il les fit claquer contre sa paume. « Oui, je vais l’appeler. Non. » Il les frappa à nouveau contre sa paume, en guise de représailles. « Elle a dû en acheter une nouvelle paire. Celle-ci ne fera aucune différence. Elle ne s’est probablement même pas rendu compte qu’elle l’a perdue. »
Il jeta les gants côté. La paire de gants de sépara, l’un sur le canapé, l’autre sous la lampe.
***
Barb était assise sur son canapé, les bras croisés. Son téléphone était hors de portée. Elle devait se pencher en avant pour l’attraper.
***
Vernon s’était assis dans son fauteuil, évitant le canapé. Son téléphone était hors de portée. Il attrapa la télécommande de la télévision à la place, sans se rendre compte à quel point il la tenait serrée.
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Vernon regarda son téléphone. Une envie pressante le poussait à le saisir.
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Barb regarda son téléphone. La faim la poussait à le prendre.
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Vernon et Barb attrapèrent leurs téléphones, ne pouvant plus résister.
***
Barb se mit à écrire un message.
Heureuse de t’avoir vu aujourd’hui. L’espoir
Sa frappe fut interrompue.
***
Vernon venait de trouver son contact dans son répertoire et avait appuyé sur Appeler.
***
Sur son écran la photo de profil de Vern apparut, celle sur laquelle ils étaient, elle et lui, ensemble à sa fête d’anniversaire, il y avait plusieurs années de cela.
Barb prit l’appel immédiatement.
« Salut Vern », dit Barb, nonchalamment, bien qu’elle n’ait pas tardé à répondre à son appel.
« Je viens de trouver une paire de gants à toi ici, chez moi », dit-il. « Ils sont plutôt jolis. J’ai pensé que tu pourrais… »
« Ils étaient là depuis tout ce temps ! » Elle avait surjoué sa réaction. En réalité, elle s’était déjà racheté une nouvelle paire, et n’avait pas pensé à ces gants depuis longtemps. « Je les ai cherchés. »
« Je peux te les apporter… »
« Non, ne viens pas. » Elle ne s’était pas rendu compte de la rapidité avec laquelle elle avait répondu.
« Oh, d’accord. » Vernon resta silencieux à l’autre bout du fil pendant un moment, comme si l’air avait été aspiré de ses poumons. « Je comprends ce que tu veux dire. »
« Non, non. » Elle essaya d’éclaircir sa voix. « Je voulais juste dire que je ne suis pas à la maison en ce moment, donc je ne serais pas là pour les récupérer. »
« Ah, tu es… dehors. Seule ? » Vernon ne put dissimuler sa déception.
« Oui, je suis sortie, mais, Vern, je suis de ton côté de la ville », mentit-elle.
« C’est pratique. J’ai préparé cette planche de charcuterie ici. Je suis juste devant la télé. Je ne peux pas manger tout ça tout seul. »
« Tu as besoin d’aide pour en venir à bout ? » Sa gorge se serra, comme si la conscience, la logique et la peur d’un retour en arrière se battaient contre elle.
« La nourriture est meilleure quand on la partage. »
« Vern », dit-elle en riant légèrement, « le roi de la réplique. »
« Tu me connais. »
Ils rirent ensemble.
« Tu as faim ? »
Elle garda le silence un instant pour le tenir en haleine, comme si elle en avait besoin. Puis elle répondit.
« Je serai là dans une vingtaine de minutes. »
« Super, c’est bon à entendre. Je vais juste préparer… »
« Je croyais que tu avais dit que c’était déjà prêt ? »
« Eh bien, pas tout. »
« Garde moi des crackers et la confiture. »
« Je sais ce que tu aimes. Je m’en souviens. »
Un quart d’heure plus tard, Barb frappait à la porte de Vernon. Il était visiblement enthousiaste de la voir là. Il avait du mal à avaler sa salive, comme s’il y avait un bouchon d’excitation à la base de son cou.
« Entre, entre. Je suis content qu’on ait pu s’arranger », dit-il.
« Moi aussi », dit-elle doucement, en enlevant ses chaussures plates et se retrouvant ainsi pieds nus.
Vernon la vit se pencher pour enlever ses chaussures. Le col ample de son chemisier bleu clair donnait une vue parfaite sur ses seins, enveloppés dans un soutien-gorge beige.
« J’ai été surpris de te croiser au magasin. Heureuse coïncidence. »
Elle se releva. Elle le vit détourner les yeux. Son cœur battait à tout rompre. Pile ce dont elle avait besoin.
À sa grande surprise, elle se sentait bien ici. C’était un endroit où elle avait dormi de nombreuses nuits et dont elle avait contribué à l’aménagement.
« Pas grand-chose n’a changé. Tu as gardé l’endroit en ordre. » Elle regarda autour d’elle.
« J’ai essayé. » Vernon haussa les épaules.
Il lui tendit la main pour l’emmener vers le canapé. Leurs mains se touchèrent et firent des étincelles. Il sentit ses mains douces mais fortes, chaudes et aimables.
Elle sentit les doigts épais de sa main rugueuse saisir la sienne.
La planche de charcuterie était joliment disposée, les charcuteries alignées et un monticule d’amandes et de crackers de toutes sortes – carrés, ronds, assaisonnés, salés – un petit couteau enfoncé dans le fromage. Les confitures étaient disposées dans des bols aux coins de la planche.
Avant de s’asseoir devant l’arrangement, elle le complimenta.
« Tu as si bien disposé la planche que j’ai des scrupules de commencer à la manger. C’est comme si je gâchais un tableau. »
Il sourit. Il ne savait pas quoi dire.
Elle s’assit poliment sur le canapé, les genoux joints, les chevilles croisées.
Vernon remarqua ses genoux nus et une bonne partie de ses cuisses. Il les aimait et les regrettait. Il avait passé de nombreuses nuits tout seul à se rappeler d’eux.
Remarquant la pause de la jeune femme, Vernon l’encouragea : « Mange, s’il te plaît. Les confitures que tu aimes ici. Ta cerise épicée. J’ai aussi acheté une confiture au jalapeño et au citron vert qui pourrait… »
« Ma cerise épicée ? »
Il lui lance un regard impassible. « C’est celle que tu préfères. Tu te souviens de la fois où je n’en avais pas acheté ? »
« J’avais eu une mauvaise journée et je me suis excusée. Merci beaucoup. » Elle pointa son doigt vers le plafond et tire la langue. « Oui, et au fait, la cerise épicée est aussi ta préférée. »
Il haussa les épaules, s’étant fait surprendre par cette femme charmante.
Ils mangèrent tous les deux et se régalaient. La conversation allait bon train, ils parlaient de la vie en général entre les bouchées aval »es et savouraient tranquillement les amuse-gueules. Puis Barb eut un accident.
Elle avait croqué dans un cracker recouvert d’un peu trop de confiture.
« Oh, non ! J’en ai sur ma chemise. » Elle lécha d’abord son doigt pour enlever le surplus. « Il faut que je passe cette chemise sous l’eau chaude avant qu’elle ne se tache définitivement. »
Vernon se lèva. « Je vais chercher le nettoyant dans la buanderie. »
Il retrouva Barb dans la salle de bains du couloir. Il sursauta, ne s’étant pas attendu à ce qu’il voyait à présent. Elle ne portait plus que son soutien-gorge et son pantalon.
« Voilà », marmonna-t-il en lui tendant le flacon.
Elle continuait à frotter son chemisier sous l’eau chaude du robinet.
« Je vais juste… » Il se glissa dans l’embrasure de la porte et se plaça contre le mur.
Il ne s’attendait pas à cela lorsqu’il avait quitté l’épicerie avec ces provisions et son sac en papier. Et voilà que quelques heures plus tard, elle se retrouvait presque seins nus dans son appartement.
« Tu peux me donner un cintre pour que je le laisse sécher ? » l’appela Barb.
Il passa la porte en traînant les pieds – jetant un coup d’œil à ses seins – et se rendit dans sa chambre. Il attrapa un cintre étroit en fil de fer.
Dans la salle de bains, après avoir fait tout ce qu’elle pouvait pour enlever la tache, elle se rendit compte qu’elle ne portait que son soutien-gorge et qu’elle était à moitié nue.
Elle le remercia pour le cintre, y glissa le chemisier et le suspendit à la tringle du rideau de douche.
Elle n’avait pas fait l’amour depuis des mois. Son Lelo Dot lui avait bien réussi. Mais un homme. Vern, d’ailleurs, un homme en qui elle avait confiance, pourrait la satisfaire, même si cela risquait de provoquer des remous et de faire basculer leur relation dans la folie.
Elle sentit alors des mains chaudes toucher ses hanches et glisser vers sa taille lisse. Ses cheveux avaient été déplacés sur le côté et un baiser avait été déposé sur sa nuque.
« Vern… Elle ne put que murmurer son nom. Elle ne pouvait rien dire d’autre. Sa tête tomba en arrière sous l’effet de son contact. Son corps était parcouru de fourmillements – des bouffées de froid dans le dos, puis des bouffées de chaleur entourant son cou comme un précieux étouffoir. Ses genoux flageolaient, alors elle tendit la main vers l’arrière. Elle ne voulait pas le laisser partir.
Vernon ne voulait pas rater cette occasion. Il se pressa plus fort contre elle, touchant son corps – tous les endroits qu’il aimait et qui lui avaient manqué. Lorsqu’il pressa son sexe durci contre son cul, il sut que toute résistance qu’elle aurait pu avoir, toute inquiétude, toute question, s’était évanouie.
Elle se retourna et l’embrassa.
Dans le tourbillon de leur passion dans la salle de bains, elle avait enlevé son soutien-gorge pour qu’il puisse poser sa bouche sur ses seins.
Il s’arrêta un instant, admirant ses seins en forme de cloche, plus petits et plus étroits en haut et plus pleins en bas. Chacun d’eux était orné de riches aréoles rosées et de mamelons ardents. Vernon, comme un enfant qui reçoit son dessert, se jeta sur eux, les embrassant et les suçant.
Barb accepta volontiers l’attention et le plaisir. Elle lui entoura la tête de ses bras afin qu’il ne puisse pas partir. Ses genoux étaient également affaiblis par toute cette glorieuse situation.
« Mon Dieu, Vern, je suis si contente que tu aies trouvé… ah ! » Elle gloussa alors qu’il la grignotait légèrement, puis s’esclaffa face à leurs préliminaires.
Vernon s’appuya sur elle comme s’il ne pouvait pas être satisfait. Mais elle recula. Elle saisit la barre de douche, qui s’effondra immédiatement. Vernon retint Barb de tomber en arrière.
« Cette pièce n’est pas sûre. » Vernon saisit le poignet de Barb et la conduisit dans sa chambre.
Auparavant, elle aurait résisté, inquiète des conséquences. Mais maintenant, elle le poussa sur le lit. Il lui paraissait bien aplati. Sa poitrine se soulevait et s’abaissait au rythme de sa respiration accélérée.
Elle se mit à califourchon sur lui pour lui donner ses seins. Il les consomma, comme un homme affamé. Elle tendit la nuque vers le haut étourdie par la sensation d’être désirée, d’être satisfaite, d’être avec…
« Vern, Vern, Vern… » Son nom s’était échappé de sa bouche lorsque ses doigts avaient effleuré son ventre jusqu’à ses hanches. Il la poussa vers l’arrière pour la faire reposer sur sa bite dure. « Vern … », cria-t-elle lorsqu’il la fit basculer sur le dos.
Elle le regarda se débarrasser de son pantalon qui comprimait la bite qui lui avait manqué – celle qu’elle ne savait pas qu’elle aimait jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus l’avoir.
Elle se redressa lorsque Vernon baissa son caleçon. Elle se redressa pour l’attraper. Mais Vernon lui attrapa le bras. Il la mit à quatre pattes.
Il se mit en place, frottant sa bite le long de sa chatte trempée.
Barb serra les dents, angoissée par ses manœuvres dilatoires. Elle était censée l’aguicher et lui échapper.
« Vern, j’en ai besoin ». Elle l’avait presque grondé.
Et lui ne cessait pas de la taquiner.
Avec une poussée dure et profonde, les yeux de Barb s’écarquillèrent, sa bouche s’ouvrit, elle haleta et toussa.
Vernon se délectait de sa chatte soyeuse. Il cambra le dos en se cognant, encore et encore, contre son beau cul. Il saisit chacun de ses fesses et les écarta pour mieux voir ses hanches les frapper et sa bite disparaître en elle.
Barb connut l’explosion tant attendue que Vernon venait de lui procurer. Elle résonna en elle comme une bouffée de plaisir et la secouait profondément. Puis elle cria son nom.
« Vern, Vern, Vern, Vern ! » Son prénom jaillit d’entre ses lèvres.
Vernon, derrière elle, connaissait le signe de l’orgasme de Barb. Elle criait toujours son nom. Cette idée l’amena d’autant plus vite à son apogée. La tension profonde qui l’habitait devint sauvage dans ses coups de boutoir.
« Oh, Barb ! Mon… putain ! » Il grimaça et libéra tout ce qui était retenu en lui.
Un instant plus tard, ils étaient l’un à côté de l’autre, alanguis, fatigués et satisfaits.
Barb expira et mit ses mains derrière sa tête.
Vernon se redressa sur son coude. « Je suis content d’être tombé sur toi aujourd’hui. »
Barb sourit.
* Cette fiction érotique a été écrite en anglais par Claire Woodruff. Pour la lire dans sa version originale, c’est par ici.